Le gâteau du dimanche soir, quand on se sent un peu triste à l’idée que le lundi recommence avec ce sentiment de déjà-vu. Il y a, en allemand, une façon de le dire en un seul mot, « Sonntagsleere », le vide du dimanche.
« Ô jours, ô mois qui s’en vont sans cesse, ma vie est toujours à votre image. Différente chaque année, mais chaque année identique, cette main de tarot que l’on ne sait jamais jouer, que l’on ne sait jamais jouer », chantait en italien Francesco Guccini, qui est décédé récemment, laissant des générations d’italiens très seuls. Dimanche dernier, je me suis rendue à la présentation d’un livre écrit par un italien résidant à Paris, consacré aux auteurs-compositeurs-interprètes italiens. Le livre s’intitule « Voci Libere » et son auteur est Luigi Cuna. Il était accompagné de Gianmarco Fusari, un formidable musicien qui a mis en musique les recherches de l’auteur. Ce fut très émouvant…
Peut être parce que, lorsque Guccini est décédé, j’étais loin de l’Italie et que je n’avais pas encore pleinement pris conscience de l’ampleur de cette perte ; l’entendre évoquer à travers « L’incontro », une très belle chanson qui traite une fois de plus du temps qui passe, m’a fait réaliser que ses magnifiques chansons, qui ont accompagné toute ma jeunesse et ma vie d’adulte, continueront à m’accompagner, mais sans lui.
Ce fut également émouvant car, dans la salle, remplie pour moitié de Français et pour moitié d’Italiens, j’ai senti qu’un courant très fort circulait parmi la moitié italienne: un mélange de savoir que nous avions une compréhension profonde de ces textes, des souvenirs générationnels évoqués par les chansons, la conscience de ces racines communes, le fait que ces chansons évoquent quelque chose qui, même si nous ne vivons plus en Italie, ne s’effacera jamais et qui nous unit indissolublement, au-delà des vies qui nous ont menés ici et qui nous mèneront (les mèneront, je crains d’être destinée à rester) ailleurs. C’est la même chose mais opposée que j’ai ressenti quand j’ai reçu le carnet du chœur éphémère auquel j’étais censée participer aujourd’hui: que des textes français, qui auraient pu correspondre aux chansons écoutées dimanche dernière mais, pour moi, dépourvus de toute émotion, que je n’avait pas trop envie de chanter…
Cette tarte est singuliere, car c’est un grand classique contemporain de la cuisine familiale française, mais en même temps, il a imprégné la maison d’un parfum italien en cuisant. Peut-être grâce à la base d’oignons sautés, ou à l’origan qui a été généreusement saupoudré sur la surface, mais il m’a semblé être un mélange parfait de France et d’Italie.
Ingrédients (moule de 28 centimètres)
- 1 pâte feuilletée
- 2 cuillères abondantes de moutarde à l’ancienne
- 3 oignons rouges moyens
- 3 belles tomates
- 100 grammes de gruyère rapé
- Une bonne pincée d’origan
- Sel et poivre
- 1 cuillère à soupe d’huile d’olive vierge extra
- Placer la pâte feuilletée dans le moule, éventuellement couper l’excédante et placer au frigo (pour le choque thermique qui la fait bien feuilletter)
- Sauter les oignons environ dix minutes au feu moyen, dans une poêle antiadhérente avec une cuillère d’huile d’olive au fond. Il doivent bien devenir translucides. Saler et poivrer, farire refroidir.
- Couper les tomates en lamelles d’environ 0,5 centimètres. Les mettre dans une passoire sur un bol, saler légèrement et laisser bien égoutter pendant une demie heure.
- Composer la tarte. Sur le fond de la pâte bien étaler la moutarde, distribuer les oignons équitablement, poser les tranches de tomate, parsemer de gruyère, finir avec une bonne pincée d’origan sur toute la surface.
- Mettre au four à 180° pendant 35 minutes.
- Laisser refroidir sur une plaque et servir avec de la salade.












