Les bienfaits du jeûne

Pas des recettes sur ce billet mais juste quelques pensées post jeûne que j’avais écrit l’année passée et qui sont encore d’actualité pour moi aujourd’hui. J’ai terminé mon jeûne et encore une fois je ressens cette énergie extraordinaire qui circule en moi, et le désir de continuer à m’alimenter avec des fruits et des légumes sains, grandis pas loin de la où j’habite, biologiques et pour lesquels je sais qu’ils ont poussé avec amour et engagement.

Voici mon billet, publié sur Linkedin. Vous verrez que ça parle beaucoup d’entreprise mais en fait je pense que tout cela peut très bien s’étendre à la société au sens plus large.

Comment régénérer une organisation? Comment les personnes qui font vivre une organisation peuvent-elles se régénérer, et ainsi régénérer leur organisation? Pour répondre à cette question, je voudrais vous raconter une expérience que je viens de vivre: un jeune complet de 6 jours.

Le jeûne est arrivé en France avec du retard par rapport à des pays tels que la Russie, les Etats Unis et l’Allemagne. Cette pratique est en train de se répandre à grande vitesse. Le jeûne consiste en une période volontaire d’abstention de nourriture, de plusieurs jours – l’être humain pourrait d’ailleurs en supporter 40. Normalement les périodes sont plus réduites, pouvant aller de quelques jours, une semaine, 14 jours et cela pour les formats les plus répandus.

D’un point de vue pratique, la première phase d’un processus de jeûne c’est la « descente alimentaire », une semaine pendant laquelle progressivement on enlève des aliments pour arriver à une journée où on ne s’alimente que de légumes crus ; à cette descente succède la période de jeûne à proprement parler.

Mon expérience de jeune s’est faite dans un très beau centre de thalasso dans le sud de la France avec la société Jeûne et Santé de Marc Ansari et Justine Lamboley, deux naturopathes compétents et bienveillants, qui ont encadré, accompagnés par Odile Bruckert (cette année Sonia Pasqualetto) pour les ateliers sur le souffle, un grand et joyeux groupe de 25 participants. C’est très intéressant d’entendre la diversité de motivations qui peuvent amener à jeûner : elles vont de celles plus thérapeutiques physiquement (en particulier cancers et maladies chroniques et de la peau qui ont eu des remissions en jeûnant), perte de poids, nettoyage de son corps des toxines ; à celles plus spirituelles : une partie des participants sont là pour se retrouver, se ressourcer, lâcher prise, les mêmes motivations que je retrouve souvent chez mes participant(e)s dans les ateliers de développement personnel que j’anime.

Le jeûne donc commence. Le premier acte in situ c’est la prise de la purge, qui fait passer une nuit conséquente; les premiers jours les symptômes du corps ne sont pas des plus agréables…fatigue, migraine de légère à forte, somnolence et insomnie en même temps, une légère dépression, sentiment d’être sans moyens, pour certains vomissements, vertiges, diarrhées, jusqu’au moment attendus par tous : la crise d’acidose (voir cette vidéo pour plus de précisions), le turning-point du jeune. Les échanges dans les groupes de participants se font plus profonds, plus intimes, on a la sensation d’avoir passé un cap important. Cela n’est pas que physique. Un sentiment de paix avec soi même et avec le monde commence petit à petit à s’installer, on sent qu’on lâche prise sur des soucis qui tout à coup apparaissent à la leur juste dimension, les bruits se taisent, le contact avec soi même devient plus profond.

Pour ceux qui ont l’habitude de la méditation, la crise d’acidose du jeûne rassemble beaucoup à un état de vide et même temps de connexion que l’on peut atteindre à un certain moment pendant ce genre d’activité. Après cet état, grâce à un complexe effet hormonal et biologique et comme par un coup de baguette magique, les jeûneurs commencent à se sentir euphoriques, pleins d’énergie, désireux de bouger, de faire du sport…le même effet de la prise d’un médicament euphorisant !

Un vortex de pensées nouvelles, des scénarios auxquels on n’avait pas réfléchi avant, un contact profond avec sa source d’énergie et de motivation semble s’instaurer, ce qui produit un sentiment de régénération, de propre, de page à écrire, de richesse dans ses ressources, de pouvoir réussir.

Il n’y a pas qu’à la méditation qu’un processus de jeûne peut ressembler ; dans le domaine de l’accompagnement de transformations organisationnelles profondes, il fait aussi écho à un des processus les plus puissants parmi les différentes approches : la Théorie U d’Otto Scharmer.

La « descente » alimentaire correspond ainsi au Sensing : une descente vers soi, un chemin qui peut amener à un contact profond avec sa source d’énergie primaire. Le « letting go » de la théorie, physiquement, c’est la crise d’acidose : le processus de détoxination que l’organisme traverse, la sensation d’abandonner des poids qui jusque là nous avaient plombé(e)s, pas seulement physiquement, mais aussi psychiquement. Cette progression se passe aussi en abandonnant un modèle mental qui est très fort et qui nous pousse à associer l’abstention de nourriture avec le manque, la pénurie, la famine, la mauvaise santé. La crise d’acidose, avec le mal-être généralisé qui l’accompagne, oblige aussi à une écoute profonde et attentive de son propre corps, de ses organes, de leur fonctionnement, de ce qui est différent de ce qu’on a vécu jusqu’ici. Et pousse aussi à un contact profond avec soi même, que dans la courbe U Otto Scharmer appelle « presencing ». D’un point de vue spirituel c’est à ce moment là que les questions clés « qui suis-je ? » et « quelle est ma voie ? » résonnent le plus. La crise d’acidose pousse à rester avec soi-même, à baisser la voix dans les conversations avec le reste du groupe, à s’ouvrir à l’écoute de soi en connexion avec l’environnement, la Nature, le Monde, l’Univers.

Ce qui se passe après c’est que, après avoir « laissé aller » ce qui intoxique le corps et l’esprit, le vide qu’on a fait permet un accès à des énergies renouvelées, ou tout simplement nouvelles, et ces renouveaux amènent à entrevoir des possibilités et des idées qu’on n’avait pas eues jusque-là : le « letting come » de la théorie U, et, avec le nouveau qui arrive, ses corollaires d’espoir, d’optimisme et de positivité.

La « reprise alimentaire » est la dernière phase du jeune. On commence, en rajoutant petit à petit tous les aliments, à prototyper une nouvelle alimentation. Souvent, après le jeûne, les jeûneurs se dirigent vers une alimentation bien plus respectueuse de soi même et de l’environnement, en privilégiant les légumes et les fruits et en réduisant la surconsommation de viande. Et on commence aussi à apporter, par petits pas, les transformations qui permettront de construire le futur qu’on a imaginé après ce contact profond avec sa propre « raison d’être ». C’est ce qui correspond, dans la courbe U, à la réalisation.

Je conseille souvent à mes clients souffrant de stress et d’incapacité à lâcher-prise (avec des impacts dévastateurs sur leur équilibre vie pro-vie perso) de prendre du temps et laisser de l’espace dans leur vie pour des pratiques de ralentissement : du yoga, du tai-chi, de la cuisine, de la méditation… je vais donc peut-être leur conseiller le jeûne ! Car, avec toutes ces pratiques, au-delà des effets bénéfiques sur le corps et sur le psychisme, il s’agit aussi, comme dirait le prix Nobel d’Economie Daniel Kanheman dans son livre « Thinking Fast and Slow », de sortir de ce qu’il appelle la « pensée 1 », celle qui nous pousse à répéter le passé, à décider, agir, conclure, répondre aux divers stimuli de la vie seulement sur la base du passé et de ce qu’on sait.

Après cette expérience, ce qui devient clair, pour moi, c’est que le jeûne, physique, agit en même temps en profondeur sur le psychisme (ce mélange d’émotionnel, de cognitif et de spirituel) : à la fois la source de « qui je suis » – ma raison d’être – mais aussi la manière dont je me représente la réalité : mes schémas mentaux, dans lesquels j’étais jusqu’ici prisonnière volontaire, et desquels, pour certains, j’ai pu me libérer.

Pendant un jeûne on fait donc l’expérience directe et sur tous les niveaux (physique, cognitif, émotionnel, spirituel) de la différence entre un processus de transformation et un processus de régénération: là où la transformation consiste dans le passage d’un état à un autre, la régénération passe d’un état … au vide; et du vide à un nouvel état qui peut être profondément différent. Régénérer, c’est donc accepter le vide ; c’est refuser de constamment remplir et faire face à une anxiété primitive (le vide, qui fait écho à la mort), et dans ce vide, accueillir la vie qui sait nous montrer le chemin. C’est un renversement de paradigme, où l’homme/la femme ne contrôle plus, mais se laisse guider par ce qui, à l’intérieur de lui, sait.

Régénérer des organisations, c’est donc leur permettre de se vider de ce qui les encombre et de faire confiance aux femmes et aux hommes à l’intérieur qui, connecté(e)s à la Raison d’être de l’organisation, savent comment avancer avec vitalité (c’est d’ailleurs l’argument développé par Frédéric Laloux dans son livre, Reinventing Organizations).

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4 commentaires pour Les bienfaits du jeûne

  1. Virginie dit :

    Merci Sylvia pour le rappel de ce très bel et juste article. Je te souhaite une bonne remontée du U!:o)

    Aimé par 1 personne

  2. roijoyeux dit :

    ça donne envie d’essayer, à part les désagréments des premiers jours !

    J'aime

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