Retour au blog : Poêlé avec peaux de fèves (oui!), fèves et poivrons au piment (âmes sensibles sauter l’intro)

Des mois que je n’écris plus rien ici…je pense la plus longue période sans ce petit travail qui me demande la mise à jour (et la cuisine aussi) mais qui est amplement compensé par le plaisir, vaguement narcissique et l’amusement, que je tire par le partage des recettes…

Je n’ai pas écrit depuis deux mois car deux choses se sont passées pour moi, l’une conséquente à l’autre : j’ai perdu mon père. J’ai rempli ma vie de travail, jusqu’à l’épuisement, pour m’empêcher de ressentir le vide. Voici les deux choses. Il n’y a pas eu d’espace ni pour la cuisine, ni pour partager de la bonhomie et du bonheur. Il n’y en a pas eu et peut être il n’y en aura pas pendant un petit moment.  Tous mes instants ont été remplis d’avions à prendre, de villes à visiter en courant, de clients à voir, à écouter, à accueillir, des liens intenses mais courts, d’adieux, de famille à embrasser vite entre un départ et l’autre (et d’enfants très patients et compréhensifs), de soirées d’abrutie devant la télé en russe, en versant quelques larmes, de beaucoup de présent, moins de présence, pour éviter de regarder à un passé qui ne viendra plus et à un futur dans lequel l’absence sera chaque jour de plus une réalité. Pour éviter aussi de penser à la mort, qui est passée d’être une pensée abstraite et illusoirement lointaine, à faire son irruption dans ma vie comme une espèce de bombe ancienne oubliée qui tout un coup explose, attendue et inattendue en même temps. La mort avec ses accessoires. Je n’avais jamais organisé des funérailles. Je n’avais jamais vécu l’horreur d’aller dans une boutique de caisses de mort et en choisir une, avec  la vendeuse qui fait le match entre le mort et le type de caisse qui lui irait mieux par rapport à sa personnalité,  comme si c’était un costume. Devoir choisir les caractères de lettre sur le marbre, les annonces, la photo, les fleurs, tous les bricoles de cet espèce de rite baroque que j’ai toujours trouvé extrêmement ridicule. Bref donc voici pourquoi ces mois je n’ai pas eu trop envie ni temps pour la cuisine.

Et puis…dimanche pleins de fèves avaient poussées au jardin…l’idée de prendre ce plaisir de cuisiner quelque chose de complètement sain est arrivée soudaine :  même pas kilomètres zéro, plutôt mètres zéro, quelque chose qui a poussé sur une plante qu’on a vu grandir et qui passe sur la table dans un état de fraîcheur que rien pourra égaler. Et la j’ai ressenti pour la première fois encore l’envie de ne pas me limiter à les égrainer et simplement de les mettre à cuire à la vapeur…la curiosité d’expérimenter est montée en moi et j’ai reconnu quelque chose de connu, comme un besoin de penser, imaginer, recombiner, toucher avec mes mains, sentir les odeurs changer avec la cuisson, l’odeur du sel monter avec celui de la vapeur, les couleurs et les consistances changer. J’ai regardé les peaux des fèves et je me suis sentie triste que la plus grande partie des produits de mon jardin reviennent au compost (bon même s’il y a toute une idée de flux, reflux, devenir et transformation qui n’est pas mal comme métaphore de ce qui se passe pour moi en ce moment). Mais bref…ce n’étaient pas des n’importe-les-quelles peaux de fèves, c’étaient NOS fèves du jardin et j’ai donc cherché de les utiliser le plus que possible. Les peaux sont délicieuses…presque plus que les fèves…jamais plus elles ne seront jetées.

Elizabeth Kubler Ross a créé un modèle très intéressant pour décrire le deuil. Je l’ai même présenté à mes étudiants (sans sourciller, comme si je parlais de quelque chose de complètement abstrait et théorique) avant hier pour les aider à comprendre ce qui se passe dans un processus de changement organisationnel. Ça leur a plu, je crois…car ça parle aussi de relations finies, de fin d’études, d’adieux à faire, d’incertitude pour le futur…Je me suis demandée quel rôle ont les fèves dans ce processus…est-ce que c’est déjà le moment où la tristesse commence à se muter en espoir? Non, je sais que le temps n’est pas encore arrivé, c’est un faux gain…ça reste peut être une version savoureuse du déni, le processus n’est qu’à son début.

Merci pour l’écoute si vous êtes arrivés jusqu’ici. J’en parlerais plus sur ces écrans.

Poelé de peaux de fèves fèves poivrons au piment1

Poêlé avec peaux de fèves (oui!), fèves et poivrons au piment

Ingrédients (4 personnes)

  • un kilo de fèves bio
  • un poivron rouge
  • deux gousses d’ail nouveau
  • deux cuillères à café de confiture de piment (veuillez varier cette dose si vous aimez plus ou moins pimenté)
  • deux cuillères à soupe d’huile d’olive vierge extra
  • sel et poivre
  1. Écosser les fèves, en faisant bien attention à enlever le fil des deux cotées (ce passage est nécessaire!) – Couper le poivron rouge en lamelles d’environ un demi centimètre d’épaisseur.
  2. Plonger les peaux de fèves et le poivron dans l’eau salée bouillonnante et les laisser cuire pendant 5 minutes. Égoutter, passer sous l’eau froide pour fixer la couleur, séparer les peaux de fèves et les couper en losanges d’environ 3 centimètres de long et réserver.
  3. Plonger les fèves elles aussi dans de l’eau bouillonnante pendant 4 minutes. Les égoutter, en le passant sous l’eau froide et enlever la peau extérieure si vous ne l’aimez pas.
  4. Hacher les gousses d’ail, les mettre à frire dans une poêle avec l’huile d’olive. Passer tous les légumes dans cette poêle quelques minutes, juste pour que tous les saveurs puissent bien se mélanger. Ajouter éventuellement du sel et la confiture de piment.
  5. Enlever du feu, ajouter quelques tours de moulin de poivre. Servir bien chaud.
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2 commentaires pour Retour au blog : Poêlé avec peaux de fèves (oui!), fèves et poivrons au piment (âmes sensibles sauter l’intro)

  1. Silvia, je vous envoie plein de courage dans cette épreuve. Votre écrit est très beau et savoir utiliser une douleur pour en faire une force et le transmettre à vos élèves, c’est remarquable.

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