La nostalgie de l’émigrante : « zuccherini » (biscuits sucrés) de Firenzuola

Je suis très heureuse en France. Comme j’ai déjà eu l’occasion de dire maintes fois, j’aime ce pays, ses transports qui marchent, cette relation d’échange « propre » entre l’état et le citoyen, son système sanitaire, le fait que les familles sont aidés et soutenues au travers d’une myriade de fait concrets, au-delà de toute déclaration. Après il y a aussi quelques choses que je n’aime pas mais ce n’est pas l’objet ici. Mais, ce dont je me rends compte très bien, après presque 15 ans de vie d’émigrée c’est que justement, quand on est émigré, le pays ne deviendra jamais « son pays »…élémentaire Watson, je le savais, mais jusqu’ici c’était plus dans la tête. Avec les années qui passent ce truisme devient de plus en plus quelque chose du cœur (et du ventre), qui s’accompagne à une nostalgie subtile, mais persistante, qui me suit au fil de mes journées, cachée quelque parts. Il y a des journées entières, que je peux passer sans aucune pensée pour ce qui me manque de mon pays. Et puis il y a des journées comme aujourd’hui, où je cherche désespérée la motivation pour rester sur mon ordi à travailler, mais la nostalgie m’envahit et la seule chose que je peux faire c’est de me rendre à l’évidence que c’est inutile de résister. Avec mes copines d’Université on appelaient cela passer un « après midi émotionnel » (pomeriggio con sentimento) : c’était le titre mielleux de l’après midi mielleux de Canale 5 (une des nombreuses télé italiennes de Berlusconi) quand je faisais mes études et grosso-modo pour nous, ça voulait dire que les livres étaient fermés pour le moment, car on avait besoin de sombrer et toucher le fond suite à quelque tristesse qu’on traversait et n’avoir pas peur de devenir pathétiques, sentimentales et, justement, très mielleuses. Cet après midi, après que j’ai senti arriver un moment comme ça, j’ai décidé que, à la place d’aller à la recherche de musique triste sur le net et de rêvasser en cherchant de retrouver la juste concentration, j’aurais fait quelque chose de différent pour bien récupérer, avec tous les sens, mes souvenirs d’enfance et du pays. Les zuccherini sont pour moi immédiatement connectés à mes vacances d’été dans la maison à la campagne de mes parents, entre Emilia-Romagna et Toscane, en plein milieu de la vallée du fleuve Santerno. Il s’agit de la partie moins connue et moins « carte postale » de la Toscane…beaucoup de bois de châtaigner, des vaches, pas de people ni de riches anglais ou américain comme dans le Chianti,  mais du silence, des collines, une nature pure, très peu de monde. Les « zuccherini » sont les biscuits typiques de Firenzuola et de toute la vallée jusqu’à Castel del Rio. La maison de mes parents est éloignée de tout, dans un endroit qui est déjà lui même éloigné de tout. Maintenant tout le monde, sauf ces qui ont des maisons de vacances, est parti du petit hameau proche duquel la maison se trouve, mais quand j’étais enfant il y avait, outre à quelques enfants de vacanciers, une bonne dizaine d’enfants des gens du lieu et l’été nous étions vraiment une belle bande. La boulangerie la plus proche était à Firenzuola et le boulanger venait trois fois par semaine, pour distribuer le pain aux maisons éparpillées dans la vallée. Son arrivée était annoncé par beaucoup de coups de klaxon et les enfants courraient, de partout, pour l’accueillir, sur une petite placette, où il arrivait après une longue montée, avec sa vielle fourgonnette. Normalement tous les parents donnaient aux enfants l’argent pour acheter le pain le fameux « pain Toscano » base idéale de la bruschetta.  Exceptionnellement, il y avait aussi l’argent pour s’acheter un sachet de zuccherini : des gâteaux très rustiques, simples que les parents baignait dans le vin rouge et les enfants dans le lait. Et voici comment j’ai employé mon après midi…j’ai fait des zuccherini, pour me replonger dans cet univers de longs après-midis d’été, de cigales, de croûtes aux genoux et aux coudes, d’ennui, d’attente de quelque chose d’extraordinaire qui pouvait toujours se passer…

Zuccherini making of

« Zuccherini » (biscuits sucrés) de Firenzuola 

Ingrédients (pour une quinzaine de grands zuccherini)

  • 500 grammes de farine
  • 3 œufs moyennes
  • 200 grammes de sucre + un petit peu à parsemer sur les biscuits
  • 1 sachet de levure chimique
  • 150 grammes de beurre fondu
  • les zestes d’un citron biologique
  • une pincée de sel
  • un verre de liqueur (pour moi alchermes, mais en France je ne sais pas si on le trouve, on peut utiliser n’importe quelle liqueur pour gâteaux)

Ces biscuits sont simplissimes : prendre la farine bien mélangée avec la levure , faire une fontaine au milieu et y mettre tous les autre ingrédients (moi je commence toujours dans un bol, c’est plus simple), commencer à pétrir jusqu’à obtenir une belle boule lisse. Allumer le four 180°. Baisser avec un rouleau à pâtisserie bien fariné sur une hauteur d’environ 7 millimétrés. La vraie difficulté des biscuits est la coupe. Pour respecter la recette elle doit rassembler à l’emblème de Firenzuola, qui est un lis sur une croix. Chercher à obtenir cette forme et avec les reste pétrir à nouveau et recommencer. Disposer les biscuits sur une plaque couverte de papier sulfurisé, mettre au four 10 minutes, pas plus si non ils vont trop durcir, l’idée c’est que la consistance reste au milieu entre biscuits et cake. Quand ils sont cuits les laisser refroidir sur une grille. Quand ils seront bien refroidis prendre un pinceau et les mouiller avec l’alchermes. Parsemer de sucre. Utiliser de préférence pour le petit déjeuner mais aussi pour les après midi nostalgiques 😉

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6 commentaires pour La nostalgie de l’émigrante : « zuccherini » (biscuits sucrés) de Firenzuola

  1. Muriel dit :

    Coucou Silvia ça me tente bien tes petits gâteaux, ta liqueur est à base de quoi ?

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    • silviagollini dit :

      Merci de ta question Muriel,je suis allée me documenter car moi non plus je ne savais pas et voici ce que j’ai trouvé : ‘alchèrmes (de l’arabe القرمز, al-qirmiz, qui signifie coxinille et qui indique aussi la couleur rouge cramoisie) .
      Ses ingrédients sont: alcool éthylique, sucre, eau, cannelle, coxinille (beurk , note du traducteur) clou de girofle, cardamome. Moi je dirais que avec un alcool aromatisé ça devrait marcher…éventuellement la couleur tu peux peut être l’obtenir avec de la betterave..tiens moi au courant!! bisous

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  2. oumyusuf dit :

    ca doit être très bon !

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  3. muriel dit :

    merci Silvia pour le détail de ta liqueur mais j’essaierais bien avec autre chose … bisous et merci

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    • silviagollini dit :

      ciao Muriel! oui tiens moi au courant, si tu trouves quelque chose de sucré et pas trop lourd ca fera l’affaire…aujourd’hui j’ai vu du sirop de coquelicot et je me dis que je vais l’acheter pour colorier sans alcol et naturellement…c’est les coquelicot de Namours en plus 🙂

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